Les aveugles et l’éléphant

Aux confins du royaume, se trouvait une cité dont tous les habitants étaient aveugles. Un jour, un roi vint en visite, à dos d’éléphant et accompagné de sa cour. Il établit son camp dans le désert, aux portes de la cité.

A cette époque, l’éléphant était un animal ignoré dans certaines régions du monde. Les habitants de la cité étaient de ceux qui ne le connaissaient pas. Alertés par la présence de cet animal fantastique, ils décidèrent de choisir des émissaires chargés d’aller étudier la bête de près.

Ils attendirent la nuit pour profiter du sommeil de leurs illustres visiteurs. Comme ils étaient aveugles, cela n’avaient, pour eux aucune importance. Guidés par la puissante odeur du pachyderme, ils approchèrent  en silence de celui-ci et, à défaut de le contempler, ils le tâtèrent et le palpèrent, faisant confiance au toucher de leurs mains. Ils revinrent ensuite dans la cité pour rendre témoignage de leur découverte.

Le premier aveugle qui avait palpé longuement l’oreille de l’animal raconta que celui-ci ressemblait à un tapis volant, mince, plat et un peu rugueux et qui s’agitait dans le vent.

Le deuxième aveugle qui avait tâté la trompe contesta ces propos avec vigueur et dit que c’était comme un long serpent qui se dressait tout droit, comme un boa.

Le troisième aveugle qui avait exploré une patte dit qu’ils se trompaient tous les deux : il s’agissait en fait d’un arbre au tronc puissant et à l’écorce rugueuse.

Le quatrième aveugle qui avait caressé les flancs les traita de menteurs et assura que ce qu’on appelait pompeusement éléphant, en fait, était tout simplement une montagne .

Le cinquième aveugle qui avait agrippé la queue affirma que tous les autres n’étaient pas sérieux, que ce n’était ni un tapis, ni un serpent n ni un tronc d’arbre, ni une montagne mais tout bonnement  un pinceau.

Les aveugles se disputèrent toute la nuit pour savoir qui était digne de foi et qui mentait et, comme personne ne voulait démordre de son témoignage, chacun en ayant l’expérience directe et authentique,  ils en vinrent aux mains.

Après une trêve, il fut décidé qu’une nouvelle délégation serait envoyée au campement du roi pour trancher une fois pour toutes le différend .Le lendemain, les nouveaux émissaires se mirent en route. Mais, entre temps le jour s’était levé et le roi et sa cour étaient déjà repartis sous d’autres cieux. L’éléphant avait donc disparu, ne laissant que ce conte pour la postérité …

D’après le conte soufi de Hakim Sanai de Ghazna (mort vers 1150) in « Le jardin muré de la vérité »

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